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La Ptite Gazette de l' Île de La Réunion

Tromelin, naufrage de “l’Utile” (1761) – retour de la troisième mission archéologique…

Le samedi 11 décembre 2010, il y a 9 ans | @LeRédac | 3 993 vues

La troisième mission de recherche archéologique sur l’île de Tromelin dirigée par le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) avec le concours de l’Institut national de la recherche archéologique préventive (INRAP) et Bako Rasoarifetra – Institut de civilisations/Musée d’art et d’archéologie de l’Université d’Antanarivo (Madagascar) vient de se terminer après un mois de fouille (8 novembre – 10 décembre 2010).

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En avril 1761, l’Utile, flûte de la Compagnie française des Indes Orientales, armée à Bayonne arrive à l’Ile de France (île Maurice). Deux mois plus tard, le gouverneur l’envoie à Madagascar pour s’y procurer les vivres (boeuf et riz) dont la colonie a besoin. Malgré l’interdiction qui lui en a été faite, La Fargue le commandant de la flûte embarque en même temps des esclaves, 160 hommes et femmes dans les cales du navire. Puis, il fait route vers l’île de France. En chemin, à la suite d’une erreur de navigation, le navire fait naufrage sur une île déserte, l’Ile de Sable, aujourd’hui appelée Tromelin.

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Crédit photo : Serge Gélabert

Au matin, les 122 hommes d’équipage et les 88 esclaves rescapés se retrouvent sur un îlot d’un kilomètre carré. Avec les matériaux récupérés du navire naufragé, les marins commencent à construire un petit bateau de fortune avec l’aide des esclaves. Quelques semaines plus tard, les 122 membres d’équipage s’y entassent avec des vivres. Les esclaves découvrent alors qu’aucune place n’a été prévue pour eux. On leur promet que les autorités seront alertées et qu’un autre navire viendra les chercher bientôt. Cette promesse ne fut jamais tenue.

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Ce n’est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, après une première tentative avortée, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, récupèrera huit esclaves survivants : sept femmes et un enfant de huit mois.

Le 8 novembre dernier débuta pour un mois, la troisième mission archéologique sur l’île de Tromelin, dans l’océan Indien, îlot des îles Éparses placées sous la juridiction du préfet administrateur supérieur des Terres Australes et Antarctiques Françaises (Taaf). L’objectif de cette campagne était de poursuivre le dégagement de l’habitat des naufragés et de rechercher leurs sépultures.

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Après les deux missions précédentes, l’une en 2006 et l’autre en 2008 qui ont permis de dégager trois bâtiments construits par les naufragés, deux squelettes et un grand nombre d’objet ; la mission 2010 avait pour objectif d’essayer de mieux comprendre à la fois l’occupation de l’espace par les naufragés, leur organisation pratique et sociale, ainsi que la découverte de tombes observées en 1851 à proximité des bâtiments érigés par les naufragés.

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Les résultats de cette troisième mission sont étonnants. Alors que les résultats obtenus en 2008 faisaient penser que l’essentiel de l’habitat des esclaves avait été découvert, trois nouveaux bâtiments ont été mis au jour et les amorces des murs d’au moins trois autres décelés. Ces découvertes complétées par des sondages périphériques, ont amené les archéologues à réévaluer l’espace occupé par les naufragés, bâtiments et périphérie, évalué à environ 1800 m2.

Une autre observation importante a été la mise en évidence de profonds remaniements dans les bâtiments construits, ils attestent une gestion raisonnée par les naufragés de leur espace de vie. Les causes initiales de ces remaniements ne sont pas connues, mais sont sans doute à mettre en rapport avec des évènements climatiques violents qui auraient pu détruire tout ou partie de certains bâtiments.

9nov_cUne analyse fine de la stratigraphie sur tout le site a également permis de déterminer l’ordre de construction des bâtiments.Parmi les nombreux objets mis au jour, plusieurs outils : trépied, marteau, grattoir, et surtout deux briquets ont été mis au jour. Cette dernière découverte ainsi que la mise au jour de trois fragments de pierre à feu, apporte un élément de réponse à l’importante question de savoir comment, selon les déclarations de rescapés, les naufragés avaient maintenu le feu pendant 15 ans.

Dernière sensation de cette mission, il est apparu que le troisième bâtiment découvert n’avait selon toute évidence pas été construit par les naufragés de l’Utile mais après leur départ et avant l’installation de la station météo en 1954 Pour l’instant le mystère reste entier, s’agit-il d’un naufrage non identifié ou bien un abri construit par les bénéficiaires de concessions d’exploitation du guano délivrée par l’île Maurice ?

Placée sous l’autorité du préfet des Taaf, la mission a reçu le parrainage de l’Unesco et du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage et le soutien financier du conseil régional de la Réunion, de la direction régionale des Affaires culturelles de La Réunion et de la mission 2011, année de l’Outre-mer du ministère de l’Outre-mer. Elle a en outre reçu le soutien logistique du ministère de la Défense (commandement supérieur des forces armées dans la zone sud de l’océan Indien) et de Météo France La Réunion.

Ci dessous au siégé des Taaf à Saint Pierre durant la conférence de presse avec, de gauche à droite: Thomas Romon, Max Guerout (Chef de Mission), Christian Gaudin (préfet, administrateur supérieur des TAAF) et Bako Rasoarifetra

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Comme durant les précédentes campagnes, le Gran à réalisé sur son site Internet, un journal quotidien bilingue, relayé par le site des Taaf, permettant de suivre au jour le jour la progression de la recherche. Des scolaires participaient également à l’opération en dialoguant avec les chercheurs.

Crédit photo : Le Gran

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